École verte à Madagascar : Des leçons à considérer pour les écoles et les partenaires

Entretien jardin d'ecole« Une école primaire déterminée à former, dans un cadre pédagogique inspirant, une génération citoyenne soucieuse de l’environnement ». C’est ce qui qualifie l’école publique primaire (EPP) Avenue Pasteur au regard des travaux d’embellissement que ses membres lui procurent malgré des difficultés techniques et financières. En 2016, des travaux d’embellissement ont été amorcés par l’école, avec la collaboration de l’ONG Azimut et de la société civile Mandresy. Ces travaux ont abouti en la construction de parterres et d’une aire de jeux à partir de matières recyclées. L’expérience vécue par l’EPP Avenue Pasteur en 2016 fournit des leçons à partager avec les écoles intéressées à s’engager dans des projets « école verte » similaires.

Témoignage de Madame Olga Ratsimbaharisoa, directrice de l’EPP Avenue Pasteur, deux ans après la collaboration.

blog - 20 juillet 2018 1de2« Entretenir un espace vert et divertissant est un défi que je me suis fixé pour maintenir l’intérêt des élèves pour l’éducation et l’environnement. » Depuis les premiers embellissements,  Madame Ratsimbaharisoa et son corps enseignant ont pu constater des résultats concrets sur la motivation des élèves à fréquenter l’école : « Ils sont nombreux à venir plus tôt que prévu à l’école pour savourer des moments de plaisir dans des galops parmi les attractions en pneus recyclés ».

Les espaces verts aménagés sont utiles pour mobiliser les enfants autour des principes de l’écologie enseignés dans les classes. Au début, la directrice rapporte qu’il fallait inciter les jeunes à prendre soin des parterres en leur faisant de nombreux rappels à ce propos. A présent, cela fait partie de leur quotidien. Des automatismes ont été créés. Aujourd’hui, si les élèves trouvent des déchets par terre, ils les ramassent.

Une leçon à retenir pour les collaborateurs souhaitant appuyer des projets d’embellissement

blog - 20 juillet 2018 2de2Les aménagements réalisés par l’ONG Azimut en 2016 nécessitent des entretiens périodiques (ajout d’engrais et de fleurs, travaux de peinture) et l’achat de matériels de jardinage. L’école a mis en place un système d’organisation interne qui appelle à l’engagement du personnel et des élèves pour l’arrosage des parterres de fleurs. Chaque classe s’occupe du secteur qui lui est attribué. Cette mobilisation est couronnée chaque fin du mois par la journée statutaire consacrée au nettoyage de l’enceinte scolaire.

Les aires de jeux nécessitent en contrepartie plus d’investissement. « Il y a eu des périodes où les bancs à base de pneus s’étaient détériorés. Or, l’école ne dispose pas de budget propre pour financer ce type d’activités » partage la Directrice. Pour tenter de financer ce type d’entretien, l’école a adopté des options qui n’ont toutefois pas abouties. En voici les raisons :

  • La participation financière libre. Cet appel a été adressé aux parents d’élèves et au personnel. Tenant compte des difficultés sociales et financières à Madagascar, cette option n’aura pas porté de fruits. « Les parents d’élèves eux-mêmes ont encore du mal à payer les charges de scolarité de leurs enfants » selon les responsables.
  • La recherche de partenaires. Le personnel de l’école n’a pas les compétences pour monter un document de projet. En outre, les informations sur les appels à projet potentiels ne leur parviennent pas.

Des facteurs importants à considérer

Avant qu’une école malagasy envisage un projet d’embellissement il faut tenir compte de quelques éléments :

  • Le plan d’aménagement de l’école: Il faut prendre en considération les espaces disponibles pour les parterres et les aires de jeux. Identifier les zones potentielles et penser à segmenter les espaces dédiés (p.ex. : pour les activités d’éducation physique).
  • La sécurisation de la cour d’école: Les zébus, poules et chèvres circulent encore en toute liberté dans les villes et villages de Madagascar. En installant une clôture ou un muret, on évite que les animaux viennent brouter et déraciner le fruit du travail des élèves et enseignants qui s’investissent bénévolement dans l’entretien des parterres.
  • L’accès à l’eau et le choix des plantes : Entretenir un parterre de fleurs requiert des arrosages fréquents. Une école qui ne dispose pas d’accès facile à l’eau, doit s’interroger sur le type de plantes le plus adapté aux conditions environnementales dans sa localité. Attention toutefois aux plantes pouvant porter atteinte à la sécurité et à la santé des élèves.
  • L’entretien des parterres et des infrastructures : Il faut mettre en place une forme d’organisation adaptée au contexte de chaque établissement et considérer devoir s’investir durant les absences du personnel et des élèves.
  • La rentabilité financière : Mettre en place une aire de jeu ou des espaces verts requiert de l’entretien et donc des dépenses annuelles. Celles-ci ont-elles été prises en considération dans le budget par la direction de l’école avant de s’engager dans le projet ?
  • La cohérence avec les activités de l’école : Rallier les initiatives de l’école avec d’autres programmes ou recommandations émanant de l’Etat ou d’autres organisations, permet de consolider les objectifs visés par la mise en place d’embellissements dans la cour de l’école.

Un conseil aux établissements scolaires : Si mettre en place un projet d’embellissement apparaît complexe, démontrer une participation franche lorsqu’un appui est à disposition rassure d’éventuels collaborateurs. Le démontrent l’engagement de l’EPP Avenue Pasteur dans le maintien des embellissements de 2016 et la participation de la Directrice qui prend à sa charge l’achat de nouveaux plants. Ce sont ces facteurs qui ont incité un particulier du secteur à offrir un toboggan et une balançoire pour agrémenter l’aire de jeu.