Lutte contre la destruction des forêts primaires du nord de Madagascar

Les forêts primaires du nord de Madagascar subissent la pression des activités anthropiques (charbonnage, bois de construction,…). La destruction de cette ressource naturelle s’accompagne de l’érosion des sols et de perte de diversité importante. L’Association des Communes du Pôle Urbain de Diégo Suarez (ACPU D/S) a décidé de réagir.

Mille plants d’eucalyptus ont été mis en terre dans la matinée du 28 février 2014 à Antsahampano. On vise la récupération de la couverture forestière et l’accroissement des ressources naturelles du territoire. Cette activité a été financée par le Conseil Général du Finistère et l’Union Européenne. L’ACPU D/S en a profité pour rappeler son engagement envers la protection de l’environnement et le développement économique et social de son territoire.

Gaillord Jaona, animateur environnement Azimut, a pu à cette occasion interviewer Monsieur Aly Ramasilahy ABOUDOU, le conseil-animateur en gestion des ressources naturelles du service d’appui technique intercommunale (SATI) de l’ACPU D/S.

Pourquoi avez-vous choisi le site de Beantely situé dans le Fokontany d’Ambodimadiro pour le reboisement?

  • En juin 2013, le Maire de la commune rurale d’Antsahampano s’est entretenu avec la population locale afin d’aborder le problème de la dégradation de la forêt de Beantely. On se plaignait de l’exploitation intensive de la forêt primaire par des charbonniers en provenance de villages avoisinants. Le maire d’Antsahampano et six autres maires des Communes membres de l’ACPU D/S ont alors sollicité l’appui du SATI pour une première campagne de reboisement aux alentours de Beantely.

Pourquoi avez-vous choisi l’eucalyptus pour reboiser la zone ?

  • La forêt d’eucalyptus sera exploitée par les communautés des alentours pour le charbon et la construction. Comme cette exploitation sera limitée aux zones reboisées les lambeaux de forêt primaires restants pourront s’étendre.

Rencontre-t-on l’eucalyptus dans le couvert forestier originel de la forêt de Beantely? Si non, la nouvelle forêt d’eucalyptus risque-t-elle de modifier le paysage du site?

  • Non l’eucalyptus est une espèce introduite surtout destinée à l’exploitation. On rencontre plutôt par exemple des baobabs ou des pieds de palissandre dans la forêt aux alentours de Beantely. La nouvelle forêt d’eucalyptus ne modifiera pas le paysage du site car les zones de reboisement ont déjà été délimitées.

Nous avons participé à la première activité de reboisement. Qui se charge à présent du suivi des jeunes plants? 

  • En qualité de conseil-animateur en gestion des ressources naturelles du SATI de l’ACPU D/S, je serai chargé du suivi des jeunes plants.

D’après-vous, comment est-ce que ce reboisement contribue à mettre en valeur les ressources naturelles du territoire de l’ACPU D/S?

  • Le reboisement fournit à la population une source de bois d’énergie et de construction. Nous espérons que cette action empêchera les populations de toucher à la forêt primaire restante. Si vous voulez conserver une zone sensible victime de surexploitation alors qu’elle constitue une source de revenus pour la population riveraine, vous risqueriez des conflits. Il faut pouvoir offrir une alternative pour en améliorer la gestion.

Savez-vous si les pieds d’eucalyptus plantés auront un impact sur les espèces autochtones des environs? Sur la qualité du sol?

  • L’eucalyptus risque d’avoir un impact sur la qualité du sol puisque c’est une espèce qui absorbe beaucoup d’eau. Toutefois nous n’avons pas effectué d’études précises à ce sujet. Les eucalyptus plantés n’affecteront pas les espèces autochtones aux alentours puisque les zones de reboisement sont limitées et délimitées.

L’ACPU D/S prévoit-elle d’autres activités de reboisement cette année ?

  • Cette première campagne officielle de reboisement de l’ACPU D/S est une action parmi d’autres pour limiter les effets de l’impact anthropique sur la forêt de Beantely et pour permettre à la population de continuer ses activités sans nuire à l’environnement. Nous envisageons en 2015 de proposer au conseil de l’ACPU D/S le reboisement d’une mangrove dans une zone littorale de son territoire.

« Créée en mars 2008, l’ACPU D/S regroupe sept communes membres : la Commune Urbaine de Diego Suarez et les Communes Rurales d’Antanamitarana, de Sakaramy, de Joffre Ville, d’Antsahampano, de Mangaoka et d’Andranovondronina. Les objectifs de cette intercommunalité sont de garantir un développement harmonieux et équitable du territoire, de permettre aux communes d’offrir des services publics de qualité et d’être de véritables maîtres d’ouvrages pour la gestion et le développement de leurs territoires respectifs. » Contact et information : Aly Ramasilahy ABOUDOU cagrnacpuds@gmail.com

Suivi du système de gestion des déchets en mer d’Émeraude

Rats et déchets sur l’ilot Suarez

Jusqu’en 2013 les rats proliféraient sur l’îlot Suarez en mer d’Émeraude. Ils se disputaient les déchets déversés dans les décharges sauvages situées à l’arrière des paillottes où s’abritaient les touristes et leurs guides pour le repas du midi. L’augmentation constante du nombre de visiteurs sur l’ilot Suarez en mer d’Émeraude, site écotouristique du nord de Madagascar, s’accompagnait d’un accroissement correspondant des déchets. La population des rats était devenue importante au point de perturber l’excursion des visiteurs. L’état des lieux était devenu un frein au développement harmonieux de l’activité touristique. Tous, touristes, tours opérateurs, et guides souhaitaient une intervention.

Gestion des déchets

En avril 2013, une campagne de nettoyage de l’îlot accompagnée de la mise en place d’un système de gestion des déchets a été réalisée grâce à Laurène Laham, stagiaire à Azimut, et à Julda Milatianjary, animatrice à l’Office Régional du Tourisme de Diego Suarez (ORTDS).

Les acteurs locaux ont été sensibilisés aux dangers que représentaient les décharges sauvages à la fois pour l’environnement et pour la poursuite de leurs activités.

En février 2014, l’équipe d’Azimut au grand complet s’est rendue sur l’îlot Suarez. Accompagnée d’Audrey Gueho, coordinatrice du volet rural et écotourisme au sein du Conseil Général du Finistère, et de Julda Milatianjary, l’équipe a effectué une inspection du système de gestion des déchets mis en place en avril 2013.

Des résultats jugés fort satisfaisants

De bonnes surprises étaient au rendez-vous. À l’emplacement du bac à ordure, les déchets recyclables étaient entreposés dans des contenants séparés. Le sol était propre. On ne retrouvait plus de déchets sous le couvert végétal. Les trous à ordures n’abritaient plus que des déchets destinés à l’enfouissement ou à être brûlés. Le tri des déchets de cuisine mis en place en 2013 était respecté par l’ensemble des utilisateurs du site. Les panneaux de rappel avaient toutefois souffert des intempéries. Les odeurs étaient quasi absentes. Pas un seul rat n’a été aperçu autour des paillotes…

Des nombreux facteurs peuvent expliquer cette diminution de la présence des rongeurs : ou bien c’est la cérémonie du joro, réalisée en 2012, demandant aux ancêtres d’éloigner les rats présents sur l’îlot ou bien c’est la diminution draconienne des déchets derrière les paillotes, ou bien c’est la recrudescence de la végétation due à la saison des pluies…

Le bilan a été jugé fort satisfaisant par le comité de gestion de la mer d’Émeraude qui s’est réuni le 26 février 2014.

Aide d’étudiants québécois: Gestion de Projets Internationaux

Une équipe de quatre étudiants du second cycle inscrits à un cours de Gestion de Projets Internationaux à l’Université Laval de Québec au Canada va prêter main forte à l’ONG Azimut au courant des prochains mois. C’est l’association SAMEVA de Diego Suarez qui profitera de cet effort conjoint. Robin Larocque Roy, Jean Michael Raharivelo, François Dongmo Jiatsa et Jehana Badouraly vont aider SAMEVA à commercialiser ses produits et à trouver des subventions dans le confort de chez eux au Canada.

Depuis sa création en 2002 par des mères célibataires, SAMEVA est à la recherche de solutions au problème du chômage. SAMEVA qui se consacre à la confection de produits artisanaux (broderie, vannerie, bijoux, produits alimentaires …) assure une formation en coupe et couture de vêtements pour des femmes recrutées parmi les plus démunies de Diego Suarez mais aussi pour des adolescents déscolarisés et des personnes en situation de handicap. Depuis 2010, SAMEVA gère une coopérative artisanale d’économie sociale de caractère innovant : on s’appuie sur les ressources locales tout en privilégiant une visée humaniste.

Suivez-nous sur le blog de l’ONG Azimut au courant des prochains mois pour en savoir plus.

Une volontaire réunionnaise à Diego Suarez

Le nord de Madagascar est reconnu comme une exception à plusieurs titres pour sa diversité biologique et la variété de ses écosystèmes, mais surtout pour le haut niveau d’endémisme de sa faune et de sa flore autant marine que terrestre. La région DIANA souhaite préserver ce capital naturel en positionnant le tourisme, avec une préférence pour l’écotourisme, comme un vecteur privilégié du développement durable. Cette stratégie s’insère dans le programme de développement de l’Office National du Tourisme : un tourisme durable et éthique qui profite à la population locale, respecte l’environnement et s’intéresse à la culture du pays.

Le site écotouristique de la Mer d’Émeraude, attrait de premier rang de la région DIANA, est l’une des 18 destinations promu par l’Office Régional du Tourisme de Diego Suarez sur le circuit de tourisme solidaire de la région. La flore et à la faune ainsi que la culture associée aux îlots qui la composent ne demandent qu’à être mis en valeur par la création d’un sentier d’interprétation. Plus qu’une simple information, ce parcours adapté se veut ludique et accessible afin de permettre de développer l’attractivité du site dans le but de sensibiliser les visiteurs et les populations locales à sa richesse et à l’intérêt de sa préservation. Le second objectif poursuivi est de favoriser la formation d’une association des guides-pêcheurs et des masseuses qui travaillent en Mer d’Émeraude et qui l’utiliseront comme outil de rappel durant les visites qu’ils organisent. Leurs clients seront ainsi amenés à assurer le respect de l’environnement et des coutumes locales.

L’ONG Azimut qui appuie depuis 2012 le Comité de Gestion Communautaire du site touristique de la Mer d’Émeraude a déjà effectué le mandat suivant : monter un programme de formation des guides-pêcheurs, lancer un programme de gestion des déchets et effectuer une étude préliminaire de l’avifaune, l’herpétofaune et l’entomofaune des îlots qui la composent.

Les actions entreprises et les données récoltées seront reprises et valorisées au sein d’un sentier d’interprétation par Mademoiselle Geneviève Barbarin, volontaire Azimut, du mois de février au mois d’avril 2014. Geneviève est diplômée d’un Master 1 en Biodiversité des Écosystèmes Tropicaux à l’Université de la Réunion (DOM, France). Il s’agira pour Geneviève et dans un premier temps de définir le projet d’interprétation selon la spécificité du lieu et en fonction des ressources disponibles, de valider le projet auprès des différents acteurs concernés, de rédiger un cahier des charges précis qui sera soumis pour l’obtention de financements et enfin de former les formateurs locaux à l’accompagnement des visiteurs sur le sentier.

Bienvenu dans l’équipe Geneviève!