Rats de la Mer d’Émeraude: culte à préserver et plaie touristique

Le Parc National de la Réunion et la Société d’Études Ornithologiques de La Réunion ont invité Belmyra Saotombo, coordonnatrice du site écotouristique de la mer d’Émeraude, à participer au séminaire LIFE+ Cap DOM du 25 au 27 septembre 2013 à la Réunion sur la thématique de la lutte à large échelle contre les rats.

Les rats, dont le nombre semble avoir augmenté durant les 2 dernières années, sont présents sur les îlots de la mer d’Émeraude, site écotouristique très fréquenté par les touristes de passage à Diego Suarez. Ce fléau non seulement inquiète l’ORTDS, principal gestionnaire du site et promoteur du tourisme durable mais il menace l’équilibre écologique du site. L’ORTDS doit négocier entre trois opinions concernant le devenir des rats, une polémique qui freine la mise en place d’actions concrètes pour le contrôle de cette peste. Les Anjoaty veulent protéger les rats que leurs traditions considèrent comme « les âmes de leurs ancêtres, gardiens des îlots ». Les opérateurs touristiques soutiennent quant à eux que les rats constituent à la fois une menace au développement de leurs activités et une nuisance à l’économie des communes concernées. Enfin, l’Office National de l’Environnement (ONE) privilégie le point de vue réglementaire et écologique pour exiger des précautions draconiennes vis-à-vis les impacts collatéraux d’une dératisation sur les espèces non-ciblées qui fréquentent les îlots de la Mer d’Émeraude.

Depuis 2012, des actions ont été entamées pour contrôler la population de rats : des campagnes de nettoyage, la mise en place d’un plan de gestion des déchets, une cérémonie traditionnelle pour obtenir l’accord des ancêtres Anjoaty, des échanges d’expériences, le lancement de démarches de conciliation auprès de l’ONE. Malheureusement le manque d’expertise en matière de dératisation à Madagascar et les faibles moyens humains, techniques et financiers de l’ORTDS ont limité les actions entreprises. Les rats sont toujours très présents sur l’îlot. Belmyra soutient que la crise actuelle qui frappe le tourisme exige une dératisation urgente pour éviter les pertes d’emplois dans la région. La recherche de partenaires techniques et financiers tant nationaux qu’internationaux pour appuyer la dératisation constitue un objectif prioritaire de l’ORTDS.

Durant trois jours, 80 professionnels locaux de l’environnement et des experts des îles et territoires (Maurice, Nouvelle-Zélande, Seychelles…) qui avaient expérimenté différentes méthodes de préservation de la biodiversité contre les attaques de rats, se sont réunis pour échanger d’abord autour des quatre thématiques suivantes : Contrôle des  prédateurs sur de grande surfaces, Techniques et outils pour le contrôle des rats, Impacts sur l’eau et les espèces non-ciblées, Bénéfices des dératisations pour la biodiversité. C’est durant la discussion de la cinquième thématique traitée durant le séminaire : Dimension sociales, perceptions et règlementation que Belmyra Saotombo a présenté son exposé intitulé « Les rats des îlots de la mer d’Émeraude à Madagascar : un culte à préserver et une plaie touristique ».

Les experts présents au séminaire LIFE+ Cap DOM ont suggéré à Belmyra de constituer un dossier sur le projet de dératisation des îlots de la mer d’Émeraude. Certains de ces derniers ont manifesté leur intérêt à participer au projet de dératisation et de recherche de financements pour aboutir à une dératisation radicale des îlots.

LIFE+ Cap DOM (Conservation de l’avifaune prioritaire des départements d’Outre-mer) s’intéresse à l’étude, à la gestion et à la protection des oiseaux et des habitats menacés à La Réunion, en Guyane et en Martinique. Depuis 2010, et jusqu’en 2015, des méthodes et des outils pilotes seront testés et leurs résultats partagés avec les écorégions et les territoires d’outre-mer voisins. Ce programme qui est financé par la Commission européenne et par le Ministère en charge de l’écologie apporte des moyens conséquents aux acteurs locaux de la conservation ultra-marine.

L’ONG Azimut et le Conseil Général du Finistère sont fières d’appuyer techniquement Belmyra Saotombo dans ce projet.