Collecte de données: cas de la pêche traditionnelle de crabes à Madagascar

Josée-Anne Bouchard, stagiaire Azimut, fait part des difficultés qu’elle rencontre dans la collecte de données concernant les résultats de la pêche traditionnelle de crabes de mangrove à Madagascar :

« On accorde généralement beaucoup de valeur aux données quantitatives résultant des enquêtes statistiques. En effet elles sont faciles à interpréter on peut les généraliser tout en tenant compte de coefficients de confiance précisés. On peut toutefois se demander si ce type d’enquêtes est possible quel que soit le contexte. »

« La collecte de données quantitatives sur l’exploitation des ressources halieutiques représente un réel défi pour les organismes du gouvernement malgache. En effet, comment s’assurer de la qualité d’enquêtes menées dans une multitude de petits villages éparpillés sur 5 000 km de côtes et dont certains ne sont accessibles que par la mer et d’autres ne sont atteignables que par des routes impassables en saison des pluies durant la moitié de l’année ? »

« Les fonctionnaires du Ministère de la Pêche et des Ressources Halieutiques ont procédé à la collecte de données quantitatives sur les résultats de la pêche au crabe en 2012 dans la région DIANA. Ces données récoltées dans d’autres régions de la Grande Île ont fait l’objet de critiques de la part d’études patronnées par l’Union Européenne (SmartFish). Elles n’auraient pas prises en compte les nombreux crabes décédés suite à la pêche ou au transport. D’après Monsieur Philigence Rajesiarinanana, responsable du volet « environnement » à la Direction Régionale de la Pêche et des Ressources Halieutiques (DRPRH) de la région DIANA, les données ignorent les vols et les prises illicites. En fait, les données recueillies peuvent tout au plus indiquer des tendances comme le feraient des études qualitatives qui sont de faibles appuis pour la prise de décision ».

« Dans le cas de mon étude sur la pêche au crabe de mangroves dans le nord-est de Madagascar, la collecte de données qualitatives pourra toutefois s’avérer utile. Elle permettra de débusquer ce domaine méconnu pour lequel les recherches antérieures restent partielles. Une collecte rigoureuse d’éléments quantifiables se buterait sur le manque de moyens financiers et humains. »

« Je devrai donc recourir à une stratégie de collecte de données en partie qualitatives tout en me souciant de limiter les biais d’analyse qui seront par ailleurs précisés de façon rigoureuse pour permettre aux décideurs d’évaluer la portée des conclusions présentées. »

Utilisateurs et gestionnaires de l’îlot Suarez sont condamnés à s’entendre !

Laurène Laham, stagiaire Azimut, et Julda Milatianjary, animatrice à l’Office Régional du Tourisme de Diego Suarez (ORTDS), viennent de terminer une enquête auprès de 57 personnes, transporteurs de touristes et masseuses, qui travaillent sur l’îlot Suarez en mer d’Émeraude. Cet îlot est la destination touristique numéro 1 du nord de Madagascar.

Il s’agissait d’identifier les obstacles à l’implantation d’un système fonctionnel de gestion des déchets sur cet îlot. L’enquête a révélé des faits intéressants et inattendus à propos de la taxe de 5000 Ariary dont doit s’acquitter chaque touriste qui se rend sur l’îlot Suarez.

Laurène nous en parle :

« 63 % des individus interrogés avouent ne pas connaître la destination de cette taxe. Or 42 % de ces derniers font partie d’associations auprès desquelles l’ORTDS a déjà organisé de nombreuses rencontres concernant la gestion de l’ilot Suarez et l’utilisation des fonds ainsi récoltés. À quoi attribuer cette ignorance ? S’agirait-il d’un manque d’assiduité aux rencontres organisées par l’ORTDS ? Il faut admettre les difficultés de réunir toutes les personnes concernées à ces réunions tant les horaires diffèrent d’un individu à l’autre.

« Des suggestions ont été proposées par les transporteurs de touristes : affichage des infos et diffusion des messages par crieur. »

« Parmi les individus qui prétendent connaitre la destination des fonds récoltés, il y a ceux qui reconnaissent que les fonds servent à améliorer l’activité touristique en Mer d’émeraude par la construction de paillotes, à l’entretien du site de l’îlot Suarez, à payer les salaires des préposés…. D’autres par contre prétendent que l’argent aboutis dans les goussets de l’ORTDS. »

« Au vu de ces résultats, il apparait nécessaire de clarifier la destination des fonds pour s’assurer que les acteurs impliqués dans cette activité touristique puissent travailler de concert. On pourra ainsi mettre fin au comportement de certains qui refusent de prélever cette taxe de 5000 Ariary qui pourtant est le moteur financier de la gestion communautaire de l’îlot et en particulier l’assurance de la collecte et de la bonne disposition des déchets. Utilisateurs et gestionnaires de l’îlot Suarez sont condamnés à s’entendre ! »

Laurène Laham jouera un rôle d’animatrice au cours du mois de mars 2013 pour dissiper les tensions entre le groupe des acteurs touristiques et celui des gestionnaires de l’îlot. Son objectif à court terme est d’assurer la mise en place d’un système pérenne de gestion des déchets.

Laurène Laham : une animatrice bourrée d’idées

Depuis son arrivée à Diego Suarez, Laurène Laham, stagiaire Azimut n’a pas chômé. Elle s’est attaquée à concevoir un système de gestion durable des déchets sur l’îlot Suarez en mer d’Émeraude qui puisse être implanté dans un contexte où les ressources monétaires et matérielles sont rares. L’îlot Suarez est un site de rêve qui accueille chaque année des touristes de plus en plus nombreux. D’une superficie de 41 ha, situé à peine à une heure de barque de Diego Suarez, cet îlot est inhabité durant la nuit.

Les gestionnaires et utilisateurs du site n’ont pas été sensibilisés à la cueillette des déchets abandonnés par les excursionnistes qui arrivent sur l’îlot dans les barques des guides ou celles des agents touristiques. Les déchets sont laissés dans des fosses ou à peine dissimulés derrière la plage sous le couvert de la végétation dense.

La situation sanitaire y est devenue problématique. L’esthétisme du lieu en souffre.

Laurène Laham et les membres de l’équipe de l’Office Régional du Tourisme de Diego Suarez (ORTDS) qui s’intéressent à la gestion communautaire des îlots de la mer d’Émeraude ont rencontré de nombreuses associations qui se préoccupent de l’environnement. Des coopératives d’artisans se sont montrées intéressées à récupérer certaines des matières laissées sur l’îlot pour la fabrication d’objets (bijoux de fantaisies, jouets, etc.). Une petite entreprise nommée Ecologik Mada récupérerait ces matières sur la terre ferme pour les vendre ou les transformer. Il faudra motiver les guides pour qu’ils trient les déchets produits et former l’agent d’entretien présent sur l’îlot pour assurer le compostage des matières organiques.

Laurène prévoit organiser un atelier pour motiver les associations, les coopératives et les quelques entreprises et une journée de fabrication en équipe des poubelles et d’un composteur géant. Elle a prévu le parrainage par les guides pêcheurs d’enfants handicapés pour pérenniser le transfert des connaissances sur la gestion de ces déchets.

Une fraction des droits de 5000 Ariary dont s’acquitte chaque touriste qui se rend sur l’îlot Suarez devrait assurer la mise en place des projets de Laurène. Une réunion de l’ensemble des acteurs est prévue pour le 22 février. Il s’agira de présenter le budget nécessaire pour la réalisation de ces activités et de débattre du schéma de gestion proposé par Laurène et ses collaborateurs de l’ORTDS.

Appel à projets : Programme d’Appui aux Initiatives de Jeunes

Dans le cadre de la coopération décentralisée avec la région Diana, le Conseil Général du Finistère France, un collaborateur de l’ONG Azimut, a été choisi comme maître d’œuvre du  Programme d’Appui aux Initiatives de Jeunes (PAIJ). Ce programme initié par la Commune urbaine d’Antsiranana se fera en partenariat avec la direction régionale de la Jeunesse et des loisirs, la direction interrégionale de la Culture et du patrimoine, la direction de l’Alliance française d’Antsiranana et le Conseil communal de la jeunesse de la ville de Diégo Suarez.

L’ONG Azimut, qui se réjouit de cette initiative, adhère à cette approche du développement de la Grande Île qui passe par l’accompagnement des initiatives locales pour améliorer les conditions sociales.

Un appel à projets pour l’année en cours a été lancé lors du grand spectacle « PAIJ, Fety be, 4e édition » samedi le 02 février 2013 qui s’est tenu à l’Alliance française d’Antsiranana.

L’ONG Azimut appuiera  toute association de jeunes qui fera appel à ses services pour préparer un projet qui s’inscrirait dans les thématiques retenues: musique, théâtre, valorisation de la culture, environnement, éducation, lecture et écriture, danse, arts, sports.

L’antenne locale Finistère située au 6, avenue du Général de Gaulle, l’Alliance Française située rue Colbert, la Direction régionale de la Jeunesse et des Loisirs, porte 68 au Bloc administratif, la Direction interrégionale de la Culture et des Patrimoines porte 47, à la Mairie de Diégo-Suarez, Direction des Affaires  socioculturelles et des Sports  tiennent à la disposition des intéressés les formulaires de participation.

Les dossiers doivent être déposés à ces différentes adresses au plus tard le 6 mars prochain.

L’ONG Azimut accueille sa nouvelle stagiaire: Josée-Anne Bouchard

L’ONG Azimut souhaite la bienvenue à Josée-Anne Bouchard, stagiaire inscrite à la Maîtrise en Environnement et Développement Durable à l’Université de Montréal (Québec, Canada), spécialité : enjeux sociaux et gouvernance. Josée-Anne est titulaire d’un B.Sc. en administration des affaires (spécialisation management) et d’un certificat en sociologie.

Elle effectuera d’ici la fin mai 2013 une étude socio-économique de la pêche au crabe autour de Diego Suarez. Elle examinera les pratiques actuelles de cette pêche pour éventuellement proposer des modifications qui garantiront la pérennisation de cette ressource.

Le crabe de mangrove sauvage est très recherché sur les marchés locaux et internationaux. Dans l’extrême nord de Madagascar les exploitants se cantonnent dans la capture des spécimens matures. Cette pratique a un lourd impact sur les populations de crabes. Sur certains sites, on observe déjà une diminution à la fois du nombre et de la taille des crabes. Ailleurs on assiste à la quasi disparition de cette ressource.

Jusqu’ici aucune étude rigoureuse n’a été entreprise dans l’extrême nord de Madagascar sur la dynamique des populations de crabes sauvages et sur la viabilité de leur pêche en mangroves.

Quelques études ont été menées sur les crabes de l’espèce Scylla serrata dans la région de l’océan Indien avec pour objectif d’en faire l’élevage. Divers aspects du cycle de vie de ces crabes ont été étudiés en Afrique de l’Est en ce qui a trait, entre autres, à leur distribution géographique et à leurs habitudes alimentaires. Les résultats de ces études n’ont toutefois pas été validés pour les populations de crabes de Madagascar.

Azimut s’est associée à l’ONG Yemanja, impliquée dans l’amélioration des pratiques de pêcherie traditionnelle, pour appuyer le développement durable de cette filière. Josée-Anne a comme mission de poser les premiers jalons.