Dossier : conflits autour de la gestion de l’eau en milieu rural à Madagascar

Les infrastructures d’accès à l’eau à Madagascar, dont la gestion a été déléguée à des associations, sont souvent proie d’actes de vandalisme et de conflits interpersonnels. La destruction volontaire de ses infrastructures et la dissémination de fausses rumeurs à l’encontre des projets vient décourager voire décrédibiliser les efforts soutenus par les associations villageoises qui ont pour objectif d’améliorer les conditions de vie des populations dans leur localité. Tel était le cas pour quatre associations soutenues par l’ONG Azimut dans la région DIANA en 2018 et 2019.

Voici un partage des problématiques rencontrées et des approches adoptées pour tenter de résoudre ces conflits dans les limites de notre portée.

Conflits entre associations gestionnaires : cas de l’association MIRAY
Commune rurale d’Anaborano Ifasy, District d’Ambilobe

Le chef-lieu de la commune d’Anaborano Ifasy compte six puits équipés de pompe à motricité humaine (PPMH) construits en 2013 par le programme MAHEFA (MAlagasy HEniky ny FAhasalamana). À cette époque, une association avait été constituée par puits afin d’en assurer la bonne gestion. Six années plus tard et malgré ce transfert de gestion, les PPMH étaient défectueuses et aucun règlement au service d’accès à l’eau n’avait été mis en place pour en assurer l’entretien.

Au démarrage de la collaboration avec Azimut, cette configuration de gestion a occasionné des conflits d’intérêts entre les membres de l’association MIRAY, porteuse du projet, et les cinq autres associations gestionnaires. Une association est allée jusqu’à s’opposer au technicien local, lorsque celui-ci a souhaité démonter l’une des PPMH défaillante. La création de l’Association des Usagers de l’Eau (AUE), accompagnée d’explications claires et de formations adaptées a permis de résoudre le conflit en laissant place à la participation de chacun.

Voici ce que les membres de l’association MIRAY ont répondu lorsqu’ils ont été interrogés sur ce qu’ils auraient fait différemment s’ils devaient reprendre le projet depuis le début « Nous aurions échangé plus étroitement dès le montage du projet avec les associations des PPMH misent en place par MAHEFA et soutenues par le Maire initialement ».

vandalisme 1de2Actes de vandalisme : cas de l’association FVTMA Antongombato
Commune rurale d’Antsahampano, District Diego II

Les membres de la communauté du fokontany d’Anketrabe II avaient été accusés de vandaliser le tuyau d’approvisionnement en eau du fokontany d’Antongombato. Une réunion a alors été organisée afin d’éclaircir la situation. Ce ne fut qu’après les explications apportées qu’Azimut a compris qu’aucune communication n’avait été faite sur le projet par l’association FVTMA Antongombato auprès de la population d’Anketrabe II au moment de l’installation du réseau alors que les tuyaux traversent des chemins et leurs champs de cultures. Les dégâts sur les tuyaux étaient certainement dû aux passages de charrues ou autres engins agricoles. La réunion a permis d’identifier les moyens de protéger les parties de tuyaux exposées afin d’éviter les dégâts accidentels.

Au village, des vols de robinets nouvellement installés ont été constatés au niveau des bornes fontaines où l’association FVTMA aurait négligé d’effectuer des sensibilisations sur la gestion. Ces actes auraient été commis par des usagers mécontents afin d’avoir accès à l’eau en dehors des heures d’ouverture et de fermeture prévu par l’association. À titre de mesure temporaire afin d’éviter de futures casses, l’association FVTMA a décidé de garder les bornes fontaines ouvertes en tout temps en attendant de renforcer les mesures punitives prévues dans le dina en place. Azimut a toutefois suggéré à l’association, d’être à l’écoute des usagers et de gérer les horaires suivant les besoins des consommateurs. Depuis, plus de casse, les robinets ont été remplacés par l’association, les horaires révisés suivant les besoins et les usagers sensibilisés au respect des infrastructures.

Échanges autour de la convention de gestion : cas de l’association FVMA Ankotika
Commune rurale d’Antranokarany, District d’Ambanja

La journée organisée pour la signature de la convention de gestion entre l’Association des Usagers de l’Eau (AUE) vandalisme 2de2et la Commune a suscité de nombreux débats parmi les usagers sur l’une des obligations de la Commune dans le cadre de la délégation du service de l’eau à la communauté : « Assurer, selon les moyens propres dont elle dispose, la protection de l’Infrastructure qui lui a été confiée par la Collectivité Territoriale et l’État contre les dépréciations et les vols ». Pour les membres de l’AUE du fokontany d’Ankotika, cette rencontre a été l’occasion de clarifier leurs attentes vis-à-vis de leur Commune suite aux actes de vandalisme constatés le lendemain de la fin des réhabilitations, à la veille de la signature de la convention de gestion.

Conflits avec les techniciens locaux : cas de l’association FIVEMIA Andranonakoho
Commune rurale Tanambao Marivorahona, District Ambilobe

Peu de temps après les réhabilitations et la mise en gestion, le seul PPMH du fokontany est tombé de nouveau en panne. Les membres de l’association FIVEMIA soupçonnent un acte de sabotage au niveau de l’infrastructure. Un conflit interpersonnel entre l’unique technicien local et l’association FIVEMIA, n’a pas permis de réparer la pompe jusqu’à ce jour. L’Association des Usagers de l’Eau ne peut malheureusement pas percevoir une cotisation pour un service qu’elle n’est pas en mesure de rendre. Des démarches ont été entreprises auprès de la direction régionale concernée pour aider à la résolution de ce conflit. En cas de conflit avec les techniciens locaux formés et pour permettre aux forces de l’ordre d’intervenir sous les directives de la direction régionale de l’eau, le gestionnaire doit prendre le soin de signer un contrat de prestation avec ces derniers. Dans le cas contraire il sera plus difficile pour la direction d’appuyer la Commune et le gestionnaire dans la résolution du conflit.

Pour conclure…

Malgré l’accompagnement sur la transparence, les sensibilisations sur le bien-fondé des projets et les dialogues ciblés, il a été difficile pour l’équipe d’Azimut d’intervenir sur l’ensemble des rivalités sociales qui peuvent exister au sein d’une communauté en milieu rural. Le tout est renforcé par une valeur sociale malagasy qui privilégie le silence aux confrontations.  Il apparaît évident aux vues des résultats constatés qu’un appui à la gestion de conflit et au renforcement des capacités communicationnelles doit s’opérer bien au-delà de la mise en œuvre du projet.

affiche eau

La raréfaction de l’eau, au cœur des discussions à Antsiranana

Le tarissement du bassin versant de Besokatra, principal réservoir d’eau d’Antsiranana, est une problématique à risque pour l’alimentation en eau de la ville et ses alentours. Les effets de la raréfaction en eau se font déjà sentir par l’ensemble des couches sociales de la commune urbaine : coupures régulières, faible débit d’eau. Le sujet n’est pas nouveau pour les citoyens d’Antsiranana. Il est né un « conflit de silence » entre les fournisseurs d’eau et les consommateurs insatisfaits de la ville. Les bruits circulent, les dénonciations fusent et les confrontations sur le sujet ne semblent pas être constructifs aux vues de l’absence d’amélioration manifeste de la qualité du service auprès des usagers. Pour tenter d’éclaircir la situation et proposer d’éventuelles recommandations, l’Organisation de la Société Civile pour l’Environnement Mandresy (OSC-E Mandresy) et ses collaborateurs bénévoles ont mobilisé les différents acteurs de la société et relancé les dialogues de proximité.

blog - 24 janvier 2019Des efforts ont été menés par la JIRAMA, principal fournisseur d’eau potable à Madagascar, pour tenter d’améliorer la situation et répondre aux besoins d’une démographie urbaine en pleine expansion. Malgré les actions entreprises par la JIRAMA pour satisfaire les besoins de près 160 000 citadins, la grande majorité de la population ne perçoit aucun changement de qualité du service.

Courant mai 2018, l’OSC-E Mandresy réalise une enquête sur la distribution de l’eau au niveau de 54 bornes fontaines publiques d’Antsiranana. L’enquête permet d’identifier deux points rouges au sein de la commune : les fokontany d’Ambalakazaha et de Mahatsara. Les résidents des deux quartiers témoignent « De l’eau au compte-goutte, des files de jerrycans, des horaires mal aménagés, voilà notre quotidien ». Des étudiants se plaignent de ne pas dormir suffisamment car ils doivent aller s’approvisionner en eau la nuit, d’autres assistent à leurs cours sans avoir pu se laver. Des citoyens actifs voient leur emploi du temps bousculé et leur productivité au travail affectée. Pour rappeler à la communauté que l’eau est l’affaire de tous et que le manque d’eau vient compromettre la santé sociale et économique de la commune urbaine, l’OSC-E Mandresy a participé à la 7e édition de la Foire Économique Meva, organisée par la Chambre de Commerce et d’Industrie d’Antsiranana du 24 au 27 octobre dernier.

La thématique de l’eau demeure centrale dans le cadre des activités de l’OSC-E Mandresy. En effet, dans la volonté de réinstaurer le dialogue sur le sujet, l’organisation adopte une stratégie aux approches variées : des plaidoiries sous forme de tête à tête avec les autorités locales et régionales en charge de l’eau, des conférences, des émissions télévisées, des sensibilisations et espaces de dialogue dans les quartiers, des expositions photo, des enquêtes sur la satisfaction des usagers sur le service d’accès à l’eau potable… Une feuille de route que l’organisation espère perfectionner dans le temps.