Avis de l’ONE sur le protocole de dératisation à Madagascar

L’Office National pour l’Environnement à Madagascar (ONE) vient de statuer sur l’utilisation des produits anticoagulants Difenacoum ou Brodifacoum pour la dératisation envisagée de l’îlot Suarez par le Comité de gestion de la mer d’Émeraude. D’après l’Unité de Suivi des Plans de Gestion de l’Environnement et Pollutions à l’ONE, des précautions de divers types doivent être prises. En effet ces raticides sont des produits chimiques dangereux.

L’ONE qui rejoint les recommandations en matière de dératisation du Professeur Matthieu LeCorre de l’Université de la Réunion, propose quelques suggestions au Comité de gestion de la mer d’Émeraude :  Sur le plan légal et réglementaire, plusieurs régularisations doivent être obtenues  avant l’introduction et l’utilisation desdits produits notamment celles qui sont associées à l’arrêté n°45555/2011 du 28 novembre 2011 portant sur l’interdiction d’importation, de distribution, de vente, d’utilisation et de production de quelques matières actives de pesticides en agriculture et de produits chimiques relavant du secteur industriel. Il faut aussi tenir compte de la décision n°115/MinAgri/Mi du 05 octobre 1998 qui désigne l’autorité technique compétente en matière de pesticides (incluant les raticides).

Avant de pouvoir se prononcer sur le sujet de la dératisation de l’îlot Suarez, l’ONE requiert des informations supplémentaires détaillées de la part du Comité de Gestion concernant  les caractéristiques des produits proposés, les effets sur les espèces non-ciblées ainsi que sur la santé humaine et les dispositions et mesures de précaution/prévention qui doivent être prises avant, durant et après la campagne de dératisation.

La dératisation des îlots de la Mer d’Émeraude

La forte présence de rats sur l’îlot Suarez en Mer d’Émeraude, site touristique numéro un de notre région, préoccupe depuis quelques années les gestionnaires du site, les opérateurs touristiques et les guides-accompagnateurs des visiteurs qui viennent profiter de la plage, du soleil et des eaux turquoise. Ce site idyllique voit une partie de ses charmes compromis par la présence des rats. De nombreux hôteliers font état de photos et de vidéos prises par des touristes qui témoignent de la présence de ces parasites. De mauvaises langues auraient commencé à mettre en doute la salubrité du site.

Une réunion du comité consultatif de la mer d’Émeraude présidée par le Directeur du Développement Régional s’est tenue le mercredi 12 juin dans les bureaux du Chef de la région DIANA sur les contraintes liées à la dératisation de l’îlot Suarez. On y retrouvait le Directeur Régional du tourisme et de l’artisanat, le Chef régional du tourisme, la Coordinatrice du volet écotourisme et tourisme rural du Conseil Général du Finistère, les membres du comité exécutif de l’Office Régional du Tourisme de Diego Suarez (ORTDS), des représentants des acteurs engagés dans l’activité touristique en mer d’Émeraude et la directrice de l’ONG Azimut.

On y a discuté des recommandations (communiquées par courriel) du Professeur Matthieu Le Corre et de son doctorant David Ringler, tous deux associés au laboratoire ECOMAR de l’Université de la Réunion. Ces deux spécialistes à la fois des interactions entre les rats et les oiseaux marins et des protocoles de dératisation recommandent d’épandre un raticide anticoagulant du type Difénacoum ou Brodifacom de préférence en fin de saison sèche, période pendant laquelle la densité des rats est au  plus bas et où ils sont le plus affamés. Le bon choix du type d’appât et du mode de distribution dépend de plusieurs facteurs. Entre autres, il faut prendre en compte l’importance de l’aire à traiter, le type de végétation, les moyens financiers et humains disponibles…

L’éradication de cette espèce exotique acclimatée que constituent les rats des îlots de la Mer d’Émeraude, ne sera pas facile. L’ORTDS, gestionnaire principal du site de la mer d’Émeraude, devra avant même de commencer la dératisation, vérifier la légalité de l’utilisation des raticides à Madagascar et s’assurer de minimiser les effets collatéraux de l’usage de raticides sur les espèces non-ciblées. Pour ne pas investir à fonds perdus, tous les rats de l’ilot doivent être éliminés d’un coup et le risque de ré-invasion à partir des ilots voisins doit être nul. En effet il suffit soit d’un seul couple de survivants soit de nouveaux arrivants pour compromettre la dératisation.

Il a été décidé avant de poser toute action de contacter l’Office National pour l’Environnement dont le siège est à Antananarivo à propos de la réglementation concernant l’utilisation massive de produits anticoagulants comme moyen d’éradication des rats. Affaire à suivre.