Visite d’un village de la côte est dans le cadre de la pêche au crabe

L’étude préliminaire de la pêche au crabe de mangrove dans l’extrême nord de Madagascar a débuté par la visite d’un premier village de la côte est. Gaillord Jaona qui était accompagné de Josée-Anne Bouchard, stagiaires de l’ONG Azimut, nous raconte leur sortie à Ambolobozikely :

« Du 18 au 21 avril, nous avons effectué des enquêtes auprès de pêcheurs de crabe du village d’Ambolobozikely. Situé au sud-est de la ville de Diego Suarez, Ambolobozikely est un village de pêcheurs perdu au milieu des mangroves. Bozi = baobab; kely = petit; Ambolobozikely veut dire au pied du petit baobab. Ce village ravitaille le marché de Diego en produits halieutiques (crabes, poissons) et en produits agricoles (manioc, mais,…).

En arrivant au village, nous avons été accueillis par un commerçant du village où nous nous sommes installés. Tout de suite après notre installation, nous avons tenté de démarrer notre enquête avec le plus vieux pêcheur de crabe, mais il était absent. Déçus par son absence, nous nous attendions au pire mais nos enquêtes ont repris bon train. Nous avons rencontré Auguste, un pêcheur du village, qui nous a accompagné et aidé durant les jours restant. Il a facilité la rencontre avec le reste des pêcheurs de crabe dans le village. Après les sondages effectués auprès de pêcheurs et de collecteurs d’Ambolobozikely, nous nous sommes rendus au village voisin, Sahankazo Ambany, où les rencontres avec les pêcheurs ont été très faciles. Nous avons pu effectuer quelques entrevues de pêcheurs malgré l’absence de plusieurs pêcheurs en ce jour du Seigneur, jour de repos pour les pêcheurs qui en profitent pour mener d’autres activités comme l’entretien de rizières ou pour participer au Morengy, un sport de contact bien connu à Madagascar.

D’après nos premières observations, la pêche au crabe est une activité complémentaire à l’agriculture ou à la pêche d’autres produits halieutiques mieux vendus sur les marchés locaux. Les efforts physiques fournis pour pêcher le crabe (longues marches dans la boue, travail solitaire, manipulation difficile des crabes, rareté de la ressource à proximité du village..), sont considérables pour peu de retour monétaire. Dans les deux villages visités les crabes sont pêchés par des hommes adultes. On nous a signale que des enfants et des femmes s’adonnent aussi à la pêche aux crabes dans certains villages. L’ensemble des pêcheurs s’entendent pour dire que la ressource a diminué dans la région.

Le lendemain matin, nous avons pris le taxi brousse pour rentrer à Diego Suarez vers 1h du matin par une route inoubliable dans des conditions extrêmes. Un grand merci à nos hôtes d’Ambolobozikely pour leur accueil et leur aide. »

Rencontre avec un ancêtre d’Ambolobozokely, pêcheur de crabes

Le 12 mars 2013,  Josée-Anne Bouchard, stagiaire pour l’ONG Azimut, s’est rendue dans le village d’Ambolobozokely, situé à une trentaine de km à vol d’oiseau de Diego Suarez.   Il s’agissait d’un volet préparatoire à la formulation des questions de l’enquête sur la pêche au crabe qui aura lieu dans cette zone d’ici la mi-avril 2013.  Josée-Anne y a fait des rencontres intéressantes. Qu’on en juge.

« Monsieur Toto est à la fois pêcheur et boutiquier du village. Il nous a indiqué que le village ne compte plus que  trois personnes qui s’adonnent strictement à la pêche au crabe. Il y en aurait Une vingtaine d’autres que l’on qualifierait de pêcheurs opportunistes car l’importance de leurs  activités varie selon les saisons.  Monsieur Toto,  nous a indiqué le domicile du plus vieux pêcheur de crabes du village, Monsieur Papa ny Joby.»

« C’est Madame Edwige, la fille de Monsieur Papa ny Joby, qui nous a amené à la rencontre de l’ancêtre après nous avoir prévenus que son père ne pêche plus le crabe étant donné son âge avancé. Sa dernière sortie dans la mangrove s’est mal terminée. Il s’y est perdu.»

« Papa ny Joby arrive à situer en 1923 l’année de sa naissance en 1923 par déduction. Il avait 20 ans en 1943 quand il a servi sous les drapeaux. Démobilisé en 1948, il a pêché le crabe depuis lors. À ses débuts, il vendait ses paniers de crabes à Diego Suarez après les avoir transportés sur son dos jusqu’au marché. Il associe le transport automobile  avec l’arrivée de l’armée anglaise dans le nord de Madagascar au cours de la deuxième guerre mondiale. Son père qui lui a appris à pêcher le crabe quand il était petit. Il a poursuivi la tradition et a enseigné les techniques de cette pêche à tous ses fils qui ont poursuivi cette activité sans s’y adonner de façon exclusive toutefois. Les techniques actuelles  de pêche au crabe sont selon l’ancêtre toujours celles que lui a enseignées son père. Ses fils utilisent encore un bout de bois muni d’un crochet.»

« Papa ny Joby a remarqué que les quantités de crabe sont allées en diminuant dans sa zone. Avant, un pêcheur pouvait remplir plusieurs fois son panier et  faire quelques allers retours dans la journée. Aujourd’hui, un pêcheur peut mettre une journée pour remplir un panier et il doit se déplacer de plus en plus loin du village.»

Selon Papa ny Joby : « Avant, tout le monde s’en foutait du crabe. Je suis resté longtemps le seul pêcheur du village à exploiter la ressource. Aujourd’hui, tout le monde veut pêcher le crabe ».

Le crabe serait-il le nouvel or rose de Madagascar?