Gestion des services publics en zone rurale à Madagascar : problèmes majeurs et solutions possibles


Monsieur Alain Zomadi, consultant béninois, spécialisé dans la gestion des services communaux en Afrique de l’ouest, a animé un atelier de travail organisé par le ProDéCID-GIZ (Projet de développement communal inclusif et de décentralisation) les 14 et 15 mars 2018 à l’hôtel La Terrasse du Voyageur à Antsiranana.

Les acteurs du projet d’amélioration de la qualité des services communaux et des représentants de 17 communes rurales ont alimenté les débats autour des problématiques qui endiguent la saine gestion des services de base dans les communes rurales de la Région DIANA.

blog - 05 avril 2018 2de3Dans une ambiance franche et amicale, les échanges ont porté entre autres sur les questions de confiance et de volonté politique, sur les compétences et les connaissances des acteurs communaux pour assurer leurs responsabilités, ainsi que sur les problèmes de financement pour l’entretien et la gestion des infrastructures.

Voici un résumé des débats, un aperçu des recommandations apportées par Monsieur Alain Zomadi et une présentation des perspectives de travail pour l’ONG Azimut dans le cadre de son projet intitulé « Amélioration de la qualité des services communaux pour les citoyens de la DIANA ».

Des textes hors de portée

Dans la région DIANA, il existe un problème d’accessibilité aux textes de lois et à leurs décrets d’application concernant la délégation de gestion des services publics. Les dirigeants des communes ont difficilement accès à ces références qui définissent les responsabilités et modalités de gestion dans les communes. De ce fait, de nombreux maires ne maîtrisent pas leurs contenus. D’après Monsieur Zomadi, il est nécessaire que l’ensemble des acteurs concernés connaissent et s’approprient les textes réglementaires et légaux sur la délégation de gestion des services publics pour permettre un partenariat équilibré entre les Communes et les Associations de la région. L’ONG Azimut prévoit rassembler et compulser ces documents de référence afin de les mettre à disposition des parties concernées et de les vulgariser dans un souci de compréhension pour tous.

Une compréhension erronée de la gestion

blog - 05 avril 2018 1de3Il existe de la confusion concernant la propriété des infrastructures situées sur le territoire communal. À qui appartiennent-elles ? Précisons que le constat est sombre quant à l’état des infrastructures en zone rurale : environ 90% de ces dernières seraient en « piteux état » selon les résultats préliminaires des travaux sur le Registre des Infrastructures Communales (RIC) présentés lors de l’atelier. Il s’agit d’un symptôme d’une gestion déficiente ou mal comprise. D’après l’étude sur le RIC, il n’existerait aucun répertoire des infrastructures dans les communes et des maires ignoraient même l’existence de nombreuses infrastructures au niveau de leurs localités respectives. Interrogés sur l’identité des propriétaires des infrastructures de base dans les communes, la majorité des personnes enquêtées (communes, citoyens) n’en savait rien.

Un manque de confiance répandu

Un problème récurrent qui limite la coordination des activités au sein des communes est le manque de confiance entre la population, les services techniques déconcentrés (STD) et les dirigeants des Communes. Les causes évoquées lors de l’atelier sont diverses mais elles sont toutes associées au manque de transparence des flux financiers : dépenses non justifiées, promesses non tenues, manque d’explication sur le choix des achats effectués par les Mairies, suspicion de disparition de sommes d’argent au sein des structures de gestion… Cette crise de confiance est fortement accentuée pour la Commune et les STD et, à l’heure actuelle, il n’existe aucune convention de partenariat qui définisse les engagements et responsabilités de chacune des parties dans la gestion des infrastructures communales.

blog - 05 avril 2018 3de3Pour réguler ce « capital confiance », le consultant-invité a proposé de normaliser les procédures de reddition des comptes (notion de redevabilité) dans la Région en développant un guide qui en décrirait les étapes, les procédures et les canevas à compléter. Il s’agit de répéter une expérience qui a profité au Bénin: « on a réglé ce problème de confiance en insistant sur la nécessaire reddition des comptes », selon Monsieur Zomadi. Ce dernier a également insister sur l’importance d’établir des conventions claires pour clarifier l’engagement et la responsabilité des entités dans le cadre de la délégation de gestion des services publics. Pendant l’atelier, trois groupes de travail ont été constitués autour des thématiques de gestion des services d’accès à l’eau potable, d’éducation et d’assainissement (solide et liquide). Le résultat attendu ? Concevoir des conventions de partenariat entre les STD concernés et les communes qui éclairciront les engagements et responsabilités de chacune des parties.

Une communication quasi absente entre les communes et les citoyens

Pour tenter de rétablir la confiance entre dirigeants communaux et la population, l’ONG Azimut prévoit, courant avril 2018, mettre en place un dispositif pour donner une voix aux citoyens afin qu’ils puissent formuler leur appréciation auprès de leurs dirigeants sur les services publics qui doivent leur être rendus. Pour y arriver, Azimut accompagnera des groupes de contrôle citoyens dans 17 communes de la région, pour mener des enquêtes d’évaluation de la satisfaction des usagers sur six services : l’accès à l’eau potable, l’éducation, la santé, la gestion des déchets, l’assainissement de base et la gestion de l’état civil. Au cours de l’atelier, les questionnaires d’enquête ont été révisés et validés par l’ensemble des acteurs.

Les membres de l’équipe de l’ONG Azimut souhaitent adresser leurs vifs remerciements à Monsieur Alain Zomadi et à l’équipe du ProDéCID Antenne DIANA pour l’organisation de cet atelier.

Restez informé sur notre site. Nous publierons d’autres articles sur le projet « Amélioration de la qualité des services communaux pour les citoyens de la DIANA ».